Comment effacer la désastreuse image des bunkers dans l’imaginaire collectif et réhabiliter l’architecture de béton? Des architectes s’emploient à rendre au béton ses lettres de noblesse (après tout les Romains l’utilisaient déjà...), comme en témoigne le relais de l’alpage de Colombire, au-dessus de Crans-Montana.

L’écomusée de Colombire, situé sur la commune de Mollens, est un projet des six communes du Haut-Plateau. Le but est de valoriser le patrimoine des mayens. Le public est accueilli toute l’année directement sur le site à 1850 mètres d’altitude. Tout est fait pour raconter l’histoire des populations qui vivaient au rythme du «remuage» et des saisons. Le mayen, l’écurie et la cave à fromages ont été complétés par une construction neuve, le relais de Colombire, ouvert depuis septembre 2009 pour l’accueil et la restauration des groupes. Son architecture, en verre et béton, fait causer sur le Haut-Plateau. Pourtant, tout est fait là-haut pour s’intégrer dans le paysage et dans la culture locale. Il suffit de comparer la rustique architecture de montagne, en pierres récoltées sur le lieu, greffée dans la pente, avec la construction nouvelle. Au gris de la pierre répond le gris du béton, tombé comme un rocher dans la prairie; minéral pour minéral, le béton remplace la tôle. Le bureau d’architecte frundgallina de Neuchâtel a réalisé une construction enterrée aux trois-quarts, ce qui permet d’obtenir 200 mètres carrés discrètement noyés dans la pente du terrain. Ce bâtiment souterrain guigne par le haut et par le bas. En haut, la buvette ouverte sur la terrasse avec sa cheminée à raclettes, en contrebas, la vaste salle de réception, sobre cocon ouvert sur le paysage.

Sans tricher

Les architectes ont dû contourner plusieurs difficultés. Intervenant hors zone à bâtir, ils devaient rester discrets, pour ne pas écraser le lieu ou le détruire avec une grande construction. Il fallait aussi se couler dans l’ambiance d’un mayen avec des matériaux d’aujourd’hui. Cette salle de réception en altitude, avec son confort discret mais bien réel, respecte la simplicité et la sobriété des anciens, sans tricher. Le service de triage a réalisé les grandes tables de bois, sur lesquelles on vient désormais déguster la polenta aux herbes de la montagne ou écouter le guide rappeler des temps disparus.

Source: Le Nouvelliste, 22 juin 2010, par Véronique Ribordy