Jacques Deschenaux: ses souvenirs de Crans-Montana
Par Danielle, mercredi 5 décembre 2007 à 19:18 :: Divers :: #732 :: rss
«Je rentrais tous les après-midis de Crans-Montana à Genève en hélico»
Parler de Jacques Deschenaux, c’est évoquer la formule 1 en général – il a commenté sur place 441 grands-prix de F1 pour la TSR – et Jo Siffert en particulier. Le journaliste fribourgeois a en effet rédigé en 1972 la biographie du regretté «Seppi», le plus grand pilote de F1 que la Suisse n’ait jamais connu avec Clay Regazzoni. Et si Jacques Deschenaux n’a pas accompagné Jo Siffert en 1961 à Crans-Montana, lors de la course de côte internationale de Sierre-Montana, il a eu l’occasion de venir à plusieurs reprises sur le Haut-Plateau afin d’y commenter des courses de ski. Cela aux temps héroïques de la télévision lorsque le développement des pellicules, qui durait quarante-cinq minutes, obligeait la Télévision suisse romande à mettre en place une organisation logistique sans faille pour permettre aux images d’arriver à temps à Genève pour les Actualités sportives.
A Fribourg, par exemple, à la fin d’un match de hockey sur glace, une voiture de police, toutes sirènes hurlantes, emmenait Jacques Deschenaux et les précieuses bobines jusqu’aux champs de patates d’Ecuvillens qui faisaient office d’aérodrome dans les environs de Fribourg. Là, il grimpait dans un petit avion monomoteur qui l’amenait à Genève-Cointrin où une autre voiture de police prenait le relais sur le tarmac pour foncer à la télévision.
Au début des années quatre-vingts, l’hélicoptère devait tout naturellement remplacer l’avion, ce qui représentait un gain de temps évident. La machine se posait en effet au pied des pistes de ski et le journaliste n’avait qu’à effectuer quelques pas pour s’y installer avec les bobines. Cela parfois sous les quolibets ou les remarques aigres-douces de certains confrères jaloux.
«L’hélicoptère offrait il est vrai l’occasion aux chanceux journalistes que nous étions d’admirer la Suisse romande depuis les airs. C’était notamment le cas lors des championnats de Suisse de ski alpin à Crans-Montana où, par un temps splendide, je rentrais tous les après-midis en hélico à Genève pour monter et commenter le reportage avant de retourner le soir en Valais, en train», se souvient Jacques Deschenaux.
La jalousie des confrères et les droits de retransmission de l’Open de Crans
Au sujet des remarques aigres-douces de certains confrères jaloux, Jacques Deschenaux relève, non sans humour, qu’un célèbre dicton prétend que les trois professions dans lesquelles on se déteste le plus sont celles où l’on s’appelle «cher confrère», à savoir les professions de médecin, d’avocat et de journaliste… En plus de ces épisodes en hélicoptère, Jacques Deschenaux aura tout loisir de constater la véracité de ce dicton lorsqu’il succède à Boris Acquadro, le 1er juin 1994, à la tête du département des sports de la Télévision suisse romande. Ses absences répétées sur les grands-prix de formule 1, ainsi qu’à la direction de la TSR l’empêcheront finalement d’imposer sa ligne.
«Chacun continue à faire la télé dans son coin et le terreau est propice aux rumeurs, le plus souvent infondées, aux rivalités et aux jalousies quasi permanentes entre certains journalistes à l’égo parfois surdimensionné», écrit Jacques Deschenaux.
Après l’annonce de l’attribution des Jeux olympiques d’hiver de 2006 à Turin plutôt qu’à Sion, où de nombreuses compétitions de ski alpin auraient dû se dérouler à Crans-Montana, le climat au sein du département des sports de la Télévision suisse romande ne cesse de se détériorer.
«Après les Jeux olympiques de de Sydney, en 2000, le climat devient franchement détestable. (...) Je suis à bout, moralement et physiquement, sur le point de tomber malade. L’idée de me retirer me semble la seule solution possible car prendre des cachets pour dormir et d’autres pour tenir le coup ne règlera aucun problème à long terme, au contraire.»
Jacques Deschenaux est alors nommé délégué à la direction des programmes où il s’occupe notamment de la négociation des contrats de retransmission de grandes manifestations sportives comme l’Open de Golf de Crans. Annoncée à la mi-avril 2001, sa nouvelle fonction fait grand bruit dans la presse romande. Certains «chers confrères» prétendent qu’il a été démis de ses fonctions.
«N’étant pas de nature à accepter des contre-vérités, il faudra que je menace deux chers confrères de la presse écrite de déposer plainte pénale contre eux pour que cesse finalement le colportage de certains ragots», écrit Jacques Deschenaux.
«Aux championnats de 1987, j’ai confondu Pirmin Zurbriggen avec un ouvreur!»
Au sujet des championnats du monde de ski à Crans-Montana en 1987, Jacques Deschenaux relève dans son livre une de ses bourdes dont certains de ses «chers confrères» disent qu’il a le secret:
«Lors de l’épreuve reine, la descente, Guillaume Chenevière, le directeur de la Télévision suisse romande, est à mes côtés dans la cabine de commentateur. Sans doute impressionné par l’importance de la retransmission, à moins que ce ne soit par la présence de mon illustre «assistant», je confonds le premier concurrent, qui n’est autre que Pirmin Zurbriggen, avec ce que je crois être le dernier ouvreur. Ce n’est qu’à l’affichage du premier temps intermédiaire que je réalise ma bourde et que je corrige les faits. Après coup, mon directeur m’a avoué qu’il avait bien remarqué mon erreur, mais qu’il n’avait pas osé me la signaler en pensant qu’il n’était pas possible de se tromper de la sorte…»
Malgré ce couac, les championnats du monde de ski de Crans-Montana resteront l’un des plus beaux moments de sa carrière journalistique. Crans-Montana a en effet coïncidé avec l’apothéose de l’âge d’or du ski helvétique et les Suisses avaient décroché huit des dix titres mondiaux en jeu.
«Aujourd’hui, vingt ans après, je garde le souvenir d’une organisation parfaite. Au niveau de l’équipe organisatrice, je me rappelle surtout de Guy Praplan et de Bouby Rombaldi, une personnalité hors du commun. Je me souviens aussi que je logeais à l’Hôtel Aïda et que notre salle de réunion, dans l’école de Montana, juste à côté de l’hôtel, était envahie, jour après jour, d’innombrables cadeaux, chocolats, saucissons, fromages tellement notre émission quotidienne Fans de ski était appréciée.»
«Non, Lolita Morena et moi ne formions pas un couple dans la vie!»
Dans la seconde moitié de l’année 1988, la Tribune de Genève consacre une pleine page au Concours Eurovision de la chanson qui se déroulera en Suisse une année plus tard. Sous le titre «Désignez le couple qui présentera l’Eurovision», le journal propose aux lecteurs de choisir leurs favoris parmi dix présentatrices et dix présentateurs de la Télévision suisse romande.
"Mon nom figure dans la liste, photo à l’appui. Agées de 10 et 8 ans, mes filles Sophie et Lorène (Ndrl.: un clin d’œil à Sophia Loren?) se piquent au jeu. Elles sont évidemment d’accord sur le fait que leur papa entre en ligne de compte, mais leurs avis divergent sur le nom de la présentatrice. Littéralement sommé de donner mon avis, j’opte pour Lolita Morena…»
Tel allait être également le choix des producteurs du Concours de l’Eurovision!
«Une fois la décision dévoilée, j’invite Lolita à la maison où elle fait la connaissance de ma femme et de mes deux filles, autour d’une fondue, fribourgeoise comme il se doit. Le courant passe immédiatement entre elles et chacune est convaincue, si besoin était, que la belle présentatrice avec laquelle je vais faire la couverture des magazines ne va leur ravir ni leur mari, ni leur papa…»
La semaine qui précède le concours, plusieurs centaines de journalistes et de photographes, «venus du monde entier», sont à pied d’œuvre.
«Chaque matin, Lolita et moi leur répétions inlassablement les mêmes réponses aux mêmes questions: oui, nous avions le trac; non, nous ne formions par un couple dans la vie; non, nous ne partirions pas en vacances ensemble… (...) Jamais la moindre équivoque ne surgira entre nous tout au long de cette aventure marquée du sceau de l’amitié et de la complicité», une aventure suivie le soir de la finale, au Palais de Beaulieu à Lausanne, par «plusieurs centaines de millions de téléspectateurs».
Deschenaux en bref
Jacques Deschenaux est né le 9 décembre 1945 à Fribourg. Après avoir passé sa maturité au collège de Saint-Maurice (VS), il décroche une licence en droit à l’Université de Fribourg. Il entre à la Télévision suisse romande (TSR) en 1973 en qualité de journaliste au département des sports. Il y commente le ski alpin durant dix-huit ans et couvre notamment les championnats du monde de ski à Crans-Montana en 1987. Jacques Deschenaux a par ailleurs commenté les grands-prix de formule 1 de 1973 à cette année et a en outre couvert douze Jeux olympiques entre 1976 et 2000. En 1989, il présente avec Lolita Morena la finale du Concours Eurovision de la Chanson à Lausanne. Celle-ci s’était déroulée en Suisse car la victoire était revenue une année auparavant aux couleurs helvétiques défendues à l’époque par une certaine Céline Dion. La chanteuse québécoise n’était pas encore la star mondiale qu’elle est devenue depuis.
Texte rédigé par Laurent Missbauer
Jacques Deschenaux, «Ma course», www.editionsfavre.com
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Commentaires
1. Le dimanche 23 décembre 2007 à 13:16, par sports
2. Le dimanche 23 décembre 2007 à 13:20, par Danielle
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