Crans-Montana, comme les autres stations valaisannes, mise sur l'enneigement mécanique
Par Danielle, jeudi 11 octobre 2007 à 07:51 :: Tourisme :: #604 :: rss
272 millions de francs, dont 31% (84 millions) destinés à la fabrication de la neige: voila les investissements que réalisent cette année les remontées mécaniques suisses. Les stations qui avaient investi dans la neige de culture l'hiver dernier avaient tiré leur épingle du jeu. Mais est-ce la bonne solution pour tous? Est-ce que Crans-Montana, exposé plein sud et jouissant d'un magnifique ensoleillement (qui fait fondre la neige...), n'investit pas "dans le vide"? Pour alimenter le débat, nous vous proposons un tour d'horizon pour voir ce qui se pratique pour cet hiver dans le canton.
Ne plus être otage de la météo!
"Le Valais investit environ 20 millions cette année pour l'enneigement artificiel", précise Renate Schoch des Remontées mécaniques suisses, se basant sur l'enquête effectuée par l'association faîtière auprès de ses membres. Les stations qui avaient investi dans la neige de culture l'hiver dernier avaient tiré leur épingle du jeu. "Nous ne voulons plus être l'otage des caprices météorologiques et laisser phagocyter la saison d'hiver sans réagir": cette affirmation (faite en septembre dernier le président de Télé-Mont-Noble lors de l'assemblée générale) est devenue l'adage de tous les responsables des remontées mécaniques. Car l'hiver ne commence plus systématiquement en décembre... Même la contrainte de la basse température n'est plus un obstacle à la fabrication de la neige: Zermatt a prévu pour la saison 2008-2009 de s'équiper d'un système fermé pour fabriquer la neige. Une "boîte à neige" de 100 m2 de surface, de 11 mètres de haut, dans laquelle on produit 40 m3 de neige à l'heure. On transporte ensuite cette neige sur les pistes. Zermatt compte un total de 700 enneigeurs et annonce cette année 5 km de piste supplémentaires; "nous aurons encore 10 km de plus l'an prochain", indique Christen Baumann, directeur des Zermatt-Bergbhanen. "Je ne suis pas du tout inquiet de l'avenir du ski à Zermatt, note Christen Baumann. Ce sont les stations de basse altitude qui ont du souci à se faire. Dans ce contexte de réchauffement climatique, le Valais et les Grisons sont bien positionnés."
Fabriquer de la neige, c'est horriblement cher!
Selon René Schwery, chef du service de l'aménagement du territoire en Valais, "les gens se rendent compte qu'il faut anticiper le réchauffement climatique", et les stations qui ne disposent plus soit de l'altitude nécessaire, soit d'un chiffre d'affaire suffisant pour se payer un équipement d'enneigement artificiel. "La fiche D10 est très claire, relève René Schwery, les aménagements en-dessous de 1500 mètres ne sont plus autorités. Et puis, fabriquer de la neige, c'est horriblement cher, il faut pouvoir rentabiliser ces investissements."
Même réflexion de la part de Christophe Clivaz de l'Institut Economie et Tourisme à Sierre: "pour les grandes stations, enneiger artificiellement est une nécessité, il faut pouvoir assurer le ski aux clients sportifs. Par contre, les petites et moyennes stations doivent se poser des quetsions surs leur positionnement. Certes, on n'a rien touvé d'autre que le ski qui marche autant, comme offre touristique. Mais le tourisme évolue, les offres doivent s'ouvrir vers la culture, la nature, la gastronomie, l'éducation et la formation. Une station comme Nax, par exemple, devrait plus miser sur le projet Réserve de Biosphère Maya Mont-Noble (UNESCO). Ces réflexions sont dures, mais il faut oser ce repositionnement. Il faut casser le mythe des remontées mécaniques comme élément essentiel et cesser de croire qu'on ne peut pas faire du tourisme dans d'autres secteurs."
Une assurance vie
Pour les grandes stations, la question de l'enneigement se pose comme celle d'une assurance à laquelle il est obligatoire de souscrire. A Verbier, Eric Balet annonce pour cette hiver l'enneigement de tout le snowpark en quatre jours de froid, dès la mi-novembre. Nouveauté cet hiver: une deuxième prise d'eau qui permet d'enneiger le même nombre de mètres carrés mais plus rapidement. Comme à Zermatt, le domaine de Verbier est en altitude et ne craint pas de graves conséquences dues au réchauffement climatique. Un gros dossier pour l'enneigement mécanique est en préparation et les skieurs en profiteront l'hiver 08-09, sur le secteur Tsoumaz-Savolère.
Développons aussi le tourisme estival
Comme à Verbier, Grimentz a compris qu'il fallait pouvoir enneiger en moins de temps. La société de remontées mécaniques boucle une augmentation de capital qui lui permet d'améliorer notamment la fabrication de la neige. "Nous avions déjà 4 ha enneigeables artificiellement, mais nous manquions d'eau pour le faire, signale Nicolas Salamin. Nous irons désormais la chercher au barrage de Moiry. Il fallait 30 jours pour faire la neige, on pourra la faire désormais en moins d'une semaine." Et de rappeler que les stations qui, comme Zinal par exemple, avait procédé à d'importants investissements dans la neige de culture ont réussi une belle saison l'hiver passé (+20%). Selon Nicolas Salamin, même les milieux "verts" trouvent des avantages à l'enneigement artificiel, puisque cela contribue à canaliser les skieurs sur les pistes et à moins faire de hors piste dérangeant faune et flore. Et d'ajouter que nous devons aussi développer le tourisme estival, un tourisme auquel il croit beaucoup mais que nous n'exploitons pas assez. Prudence toutefois, souligne encore Nicoals Salamin: à Grimentz (comme à Crans-Montana et ailleurs certainement...) des touristes ont pointé du doigts les nombreux chantiers en cours cet été, comme autant de source de désagrément durant leurs vacances. A cela aussi nous devons faire attention.
7 millons investis à Crans-Montana pour la neige
Crans-Montana pour cet hiver procède à d'importants investissements pour enneiger mécaniquement une grande partie de son domaine skiable. De 480 m3 /heure, on passera cet hiver à 1185 m3 de neige produite. La société CMA a remplacé 45 enneigeurs et a doté le domaine de 95 nouveaux (perches et canons à ventilateur). Au total, les investissements cet année sur les pistes s’élèvent à 25 millions de francs, dont 7 millions pour l’enneigement artificiel. Les enneigeurs remplacés le sont par des modèles permettant de démarrer la production à des températures plus élevées de 1 à 2°C (températures marginales), ce qui permettra de gagner en période de production. Là aussi, on prévoit de puiser beaucoup plus d'eau dans le barrage de Zeuzier et de stocker celle-ci dans un lac d'eau potable sur les hauts de la station. Signalons que, pour enneiger ses pistes, CMA prévoit de consommer 570'000 m3 d'eau. Crans-Montana pourra enneiger une partie de son domaine en 5 jours de froid, contre un mois auparavant.
Sans neige garantie, la fin du ski à Crans-Montana?
Est-il raisonnable d'investir autant dans la neige de culture, vu l'orientation du domaine au sud et du fort ensoleillement dont bénéficie Crans-Montana, demande Christophe Clivaz? Oui, répond le conseil d'administration qui a évidemment étudié la question. S'il n'y avait pas d'investissement dans l'enneigement mécanique, la baisse du chiffre d'affaire dû au raccourcissement de la saison conduirait CMA à ne plus être capable de faire les investissements pour le maintien des remontées mécaniques. Cela serait donc à terme la fin du ski à Crans-Montana!
Le volume de clients pour le ski - jusqu'à 14'000 personnes par jour - est difficilement remplaçable par une autre activité, note un investisseur. "Cela n'empêche pas que la recherche et le développement d'autres pôles d'attraction touristiques doit rester également une priorité. Le maintien d'une saison de ski d'une durée suffisante ainsi que des autres activités, complétées par des congrès, séminaires etc.. est la seule manière de rendre viable les hôtes, restaurants et commerces de la station."
Froide neige et lits chauds
Les remontées mécaniques veulent des formules 1 en matière d'équipements et domaines skiable, constate Christophe Clivaz, "mais en même temps, on ne met pas assez d'énergie pour créer des lits chauds! Il y a un décalage entre ces super domaine skiables et les stations correspondantes qui n'ont pas assez de lits." C’est justement ce à quoi s’emploient de nombreuses stations valaisannes, contraintes ou forcées... Les remontées mécaniques de Crans-Montana lors de leur assemblée générale vendredi dernier, ont rappelé ce problème crucial de lits chauds. D'ailleurs CMA projette la vente d'un DDP sur le parking de Cry d'Er qui permettrait le développement d'un hôtel haute de gamme avec tout une réorganisation de cet espace au pied des pistes de ski. Une affaire à suivre...
NB: une version plus courte de cet article paraît dans Hôtel Revue
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Commentaires
1. Le jeudi 11 octobre 2007 à 09:38, par Michelle
2. Le jeudi 11 octobre 2007 à 12:30, par destree
3. Le dimanche 21 octobre 2007 à 21:03, par Jean-Pierre Rey
4. Le lundi 22 octobre 2007 à 07:09, par Danielle
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