Pour l’instant, les eaux du lac de la Moubra sont calmes. Pourtant, dans quelques jours, elles deviendront à coup sûr tumultueuses, puisqu’un avis de tempête est annoncé pour le 13 juin. A cette date, deux mégaprojets présenteront leurs arguments aux membres des six conseils communaux du Haut-Plateau. Une décision ne tombera certainement pas à la fin de cette journée, mais il en ressortira «une option politique», comme l’affirme Francis Tapparel, le président de la commune de Montana où sont situés les 20000 mètres carrés concernés.


Depuis plusieurs mois, les discussions s’activent entre promoteurs et autorités. Les deux projets ont comme unique point commun l’emplacement au bord du lac (voir infographie) et la construction d’un centre d’aqualoisirs ouvert au public. Une construction presque imposée par les communes pour répondre aux besoins exprimés par la population et les touristes.

Plus sport pour le premier
D’un côté, il y a le projet dit «Primat» – du nom du pilote automobile genevois Harold Primat à la base de cette idée – qui est principalement axé autour du sport. Plusieurs partenaires britanniques l’accompagnent dont Bernie Shrosbree qui a fondé une entreprise d’entraînement et de performance pour les sportifs de haut niveau comme les frères Colin et Allister McRae en rallye automobile, Jensen Button et l’écurie Renault en formule 1 il y a quelques années. Ce centre occuperait près de 8000 mètres carrés, appartenant à l’ATSM sous la gestion des communes. Il pourra accueillir l’aqualoisirs et le centre de sports. Il a été redimensionné puisque la première version s’étendait sur les 20000 mètres carrés dont 12000 appartiennent à la famille Meyer, engagé dans le projet concurrent.

Le désir des promoteurs est que cet établissement devienne un centre de compétence dans le domaine du sport avec une piscine olympique, des centres de préparation physique avec des entraîneurs spécialisés…. «Nous pourrions très bien accueillir des sportifs de niveau olympique», confie Harold Primat qui connaît très bien la station pour y séjourner régulièrement. L’altitude étant souvent conseillée avant une compétition. Mais ce ne sont pas les seuls clients potentiels. Le centre s’adresse aussi à Monsieur tout-le-monde, à des sportifs amateurs et même à des cadres d’entreprises. Pour ce dernier point, les promoteurs se sont approchés de Jean-Pierre Egger, l’ancien préparateur physique de Werner Gunthör et d’Alinghi, qui a développé un concept spécial, baptisé «waytoexcellence».

Pour compléter le tableau, un lien entre le centre de pneumologie et les cliniques du Haut-Plateau est même envisagé. «Une partie du projet peut très bien être articulé autour de la santé», confie François Parvex, responsable à Crans-Montana de ce projet. «Les sportifs ont de plus en plus de lien avec la médecine. Et nous serions une alternative intéressante pour ceux qui s’intéressent à la rééducation.»

Plus exclusif pour le deuxième
Le deuxième projet est porté par Felix Meyer, le fils des propriétaires des 12000 mètres carrés occupés aujourd’hui par les tennis. Devisé à près de 200 millions, le projet s’articule autour d’un hôtel 5* et d’apparthôtel ainsi qu’un centre de spa et wellness avec une partie public et une autre privative pour les clients de l’hôtel. «Le financement est prêt, nous n’attendons plus que la décision des communes.» Si ce projet proposerait un établissement que tous réclament sur le Haut-Plateau – «nous avons déjà des contacts avancés avec une chaîne hôtelière internationale» – il reste quand même une ombre au tableau. La Moubra est inscrite sur le plan de zone comme ressortissant de l’intérêt public et non comme zone hôtels. Un changement qui ne va pas de soi. René Schwéry, chef du service de l’aménagement du territoire attend d’étudier le dossier pour avancer ne serait-ce que la possibilité de ce changement d’affectation. Et vu l’ampleur de la construction et de ses 900 places de parking souterrain, une étude d’impact sera inévitable. Un écueil qu’à éviter le projet «Primat» en envisageant de construire des hôtels en bordure de cette zone, dans la forêt.

Des projets réalisables?
Les chiffres avancés donnent le vertige. Ce qui ne facilitera pas le travail des conseillers communaux au moment de prendre leur décision. Les deux projets semblent pourtant avoir leurs défenseurs. Il n’y a pas (encore!) de clans. Des négociations entre les deux projets pourraient même intervenir, l’un construisant l’aqualoisirs, l’autre le centre de sports et l’hôtel. Une collaboration avec Aquamust pourrait être envisagée par l’un et par l’autre. De nombreuses inconnues restent à définir, qui rendent la faisabilité de ses deux projets encore aléatoires. Et surtout passer l’épreuve du 13 juin. «Ma préférence ne va pas à un projet ou à un autre», confie Francis Tapparel, très pragmatique. «Le choix devra se porter sur le projet qui est réalisable simplement. Pour que cela ne reste pas un projet dans un tiroir.» Un de plus?

Et Aquamust dans tout ça?

Christian Fracheboud, administrateur délégué d’Aquamust, est clair. «Pour nous, c’est évident, il n’y a pas de place pour deux infrastructures de wellness et de spa publics sur le Haut-Plateau.» Mais cela ne veut pas dire pour autant qu’Aquamust ne trouverait pas sa place dans cette bataille. Il pourrait même très bien s’accommoder de la présence du projet «Primat». «S’il propose une piscine olympique et un aqualoisirs basé sur le fun, il n’y a aucun problème. Au contraire, nous pourrions même développer des synergies intéressantes avec des transferts de clientèles. On pourrait même trouver des arrangements avec les hôtels prévus dans ce projet.» Par contre les responsables d’Aquamust attendent un signe de la part des autorités politiques, pour ne pas développer le projet si un concurrent était présent. Car le dossier avance. «Les voisins de notre centre thermal ont accepté notre projet. Avant la fin de l’année, nous devons régler toutes les formalités administratives», poursuit l’administrateur délégué. Quant au financement, il en est toujours au même point.

En résumé:
Projet «PRIMAT» (8000 m2)
Partenaires: le pilote automobile Harold Primat ainsi que le spécialiste de l'entraînement de sport d'élite, Bernie Shrosbree.
Budget estimé: 100 millions
Activités proposées: un aqualoisir tout publics, fitness, centre d'entraînement des sportifs, académie de golf, centre de santé...
Avantages: des infrastructures sont déjà existantes comme le terrain de football. Ne nécessite aucune adaptation du plan de zone. Complémentaire à Aquamust.
Inconvénients: Les communes seront amenées à participer au financement du projet sous une forme et un montant qui restent à définir.

Projet «MEYER» (20'000 m2)
Promoteurs: La famille Meyer, propriétaire des tennis et de deux investisseurs installés dans le canton de Vaud
Budget estimé: 200 millions
Activités proposées: Un hôtel 5*, un apparthotel de 80 chambres avec service de l'hôtel, un spa et wellness tout public, un aqualoisir avec piscines intérieurs et extérieures, un parking souterrain de 900 places.
Avantages: propose à Crans-Montana un nouvel hôtel 5 * qui manque à la station. Offre des places de parking pour désengorger la station.
Inconvénients: ce projet nécessite la modification du plan de zone, chose qui n'est pas acquise.

  • Article paru en page 35 du Nouvelliste de ce jour.
  • Suivez tous les billets du blog concernant la Moubra depuis le tag "aqua"