Par Laurent Savary, dans Le Nouvelliste de ce 3 mars 2007:

Six communes qui partagent une station de la taille de Crans-Montana, il faut bien avouer que ce n’est pas chose courante. Pour faciliter sa gestion, les communes ont dû travailler ensemble, établir un plan directeur, créer des commissions pour la police, pour les pompiers, etc. Pour la majorité des conseils communaux, il était nécessaire d’aller plus loin. De profiter d’une possibilité offerte par la nouvelle loi cantonale sur les communes en créant une association des communes de Crans-Montana.


La coordination à ses limites


«La commission de coordination, qui règle
tout sur Crans-Montana, a montré ses limites», développe Jean-Claude Savoy, président de la commission qui a élaboré ce projet (voir à gauche). «Trois cas récents le démontrent, à savoir une subvention pour le Jumping Horse Show, l’aide pour la réfection du terrain du FC Lens pour accueillir une équipe du championnat d’Europe et le subside à une société locale. Lors de chacune des discussions, ce sont ceux qui refusent ou qui veulent limiter l’investissement qui gagnent. Tout cela à cause du principe de l’unanimité.» Comme à chaque fois, les décisions doivent être avalisées par les six conseils. «Ce qui crée des va-et-vient inutiles, ralentissant du même coup la prise de décisions. Bien sûr qu’on aurait pu continuer comme ça, mais il faut bien se rendre compte que les séances se multiplient pour les conseillers communaux.» L’association, avec son comité directeur et son assemblée des délégués, devrait prendre en main tous les domaines qui sont réglés aujourd’hui par les commissions intercommunales, comme la police, les pompiers. Mais elle aura aussi la tâche d’aller de l’avant, de redonner une dynamique aux nombreux projets qui existent sur le Haut- Plateau, le centre aquatique, le centre sportif, la salle de congrès, etc. Des projets qui restent pour le moment dans les tiroirs. «L’association donnera une unité, une direction, une force pour faire avancer les choses.»


Impossible d’élire les délégués


Quant au reproche, souvent entendu
lors des séances et autres assemblées primaires d’informations, suscité par la nomination des délégués plutôt qu’une élection par les citoyens des communes, il est balayé d'une main. «Nous avons suivi à la lettre la loi cantonale sur les communes», plaide le conseiller communal de Chermignon. Et pour Norbert Fragnière, chef du service intérieur, il n’aurait pas été possible de faire autrement. «Je vois mal organiser une élection pour un ou deux délégués. Et franchement, je ne suis pas sûr qu’on aurait pu le faire.» Pour le juriste de l’Etat du Valais comme le conseiller communal, les citoyens auront toujours leur mot à dire au travers du référendum. L’association telle que proposée lors de la votation du 11 mars «ne va pas tout solutionner, reconnaît Jean- Claude Savoy, mais on va améliorer le processus de décision, c’est certain».



L'avis des opposants
Un "machin" inutile

Pour les opposants, l’association des communes ressemble à un grand «machin», paraphrasant ainsi le général De Gaulle lorsqu’il décrivait l’ONU. «Avec cette entité, on ne va rien régler du tout», affirme Ulysse Lamon, président de la Lensarde, parti qui a fait connaître son avis par un papillon. «On va simplement pousser les dossiers plus loin, se disperser en rapports, discussions,
études. L’association sera une organisation supplémentaire, complémentaire à celle des communes, qui sera lourde administrativement.» Et Dominique Musy, conseiller d’Icogne, d’ajouter: «Il faudra compter au minimum un demimillion pour gérer tout cela. Des montants qui seraient bien plus utiles ailleurs.»

Pour ces deux opposants, la
coordination qui gère actuellement ce que les communes ont en commun est suffisamment efficace. «Il faudrait donner un peu plus de pouvoir aux présidents, pour qu’ils puissent prendre certaines décision seuls», constate Ulysse Lamon. «On collabore volontiers ensemble», complète pour sa part l’Icognard. «Pourtant on veut nous faire croire que l’association facilitera encore les relations et permettra de réaliser les infrastructures dont la station a besoin. Mais ce n’est pas vrai, car l’argent, les communes l’ont déjà, les terrains sont déjà prévus dans le plan directeur. Il ne manque que la volonté politique. Et ce n’est pas la création d’une association qui va changer cela.»  Si les deux partagent leur point de vue sur l’association, ils ne sont pas d’accord sur la suite à donner. «Pour moi, il n’y a qu’une seule solution pour Crans-Montana, c’est la fusion», avoue Ulysse Lamon. «On n’en a pas besoin», répond Dominique Musy. Tout reste à faire.


L’ASSOCIATION
EN QUELQUES MOTS

Le texte visant la création de l’Association des communes de Crans-Montana sera soumis au vote des citoyens des six communes le 11 mars. Il s’articule autour de plusieurs points:
  • Les buts: ils sont notamment d’assurer la promotion économique, l’actualisation d’un plan directeur, la réalisation d’infrastructures et d’équipement touristiques, etc. Elle gérerait aussi l’organisation de la police, des services de secours et coordonnerait les différents services de voirie.
  •  Le comité directeur: l’exécutif serait composé des six présidents. Les postes de président et vice-président seront attribués par tournus dans un ordre défini entre les communes.
  • L’assemblée des délégués: le législatif est constitué de 45 personnes. Chaque commune a droit à quatre représentants (vraisemblablement les quatre conseillers restants) et à un nombre de délégués supplémentaires au prorata de sa population (5 pour Icogne et 10 pour Lens par exemple). Ces représentants sont nommés par les conseils communaux respectifs. Comme pour le comité directeur, le président et le viceprésident sont choisis tous les deux ans en fonction d’un tournus établi. L’assemblée se réunit au moins quatre fois par année.
  • Le secrétaire général: proposé par le comité général  directeur et nommé par l’assemblée des délégués, il sera chargé de faire le lien entre les deux organes et d’assurer le suivi des dossiers.
  • Le financement: les ressources de l’association proviennent des contributions des communes membres en fonction d’une clé de répartition.
  • Un référendum facultatif: deux communes ou 10% des votants des six communes (soit 800 personnes) peuvent demander une votation populaire pour différents objets, comme un investissement supérieur à 1,5 million ou la modification des tâches et des buts de l’association.
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Un grand merci au Nouvelliste, et particulièrement à Laurent Savary, pour la large présentation faite ces derniers jours sur les deux objets soumis à votation à Crans-Montana!