RQC: le jeu du "vrai ou faux"
Par Danielle, jeudi 1 mars 2007 à 13:00 :: Gouvernance :: #208 :: rss
Tous les arguments sont-ils bons dans une campagne de votation? Nous vous laissons répondre par vous-mêmes... Mais comme il se dit beaucoup de choses erronées, des contre-vérités circulent beaucoup en ce moment, nous vous proposons le jeu du "vrai ou faux" pour rétablir la véracité des choses.

Le monde du tourisme à Crans-Montana va très bien. Il profite d’un maximum de résidences secondaires. Vrai ou faux?
VRAI, pour les acteurs de l’immobilier dont les affaires se portent particulièrement bien. De 1985 à 2005, le chiffre d’affaire de la construction des résidences secondaires est passé de 160 millions à 200 millions de francs.
Mais c’est FAUX pour les autres secteurs du tourisme: le chiffre d'affaire touristique réalisé par les prestataires touristiques est en forte baisse. Cette perte de revenu liée à la disparition de lits chauds et des nuitées respectivement des hôtes de passage, menace actuellement très concrètement le tissu économique local, sauf en ce qui concerne les métiers du bâti bien évidemment.
Le point culminant de la fréquentation de notre station a été atteint en 1993 avec 1'724'828 nuitées mais, dès l’année suivante, la baisse a été constante: de 1995 à 2004, on a enregistré une baisse de 18% des nuitées!
Le RQC introduit des restrictions brutales, demande des sacrifices démesurés au monde de la construction et amène directement à un suicide économique. Chômage, KGB, socialisation du sol... Vrai ou faux?
FAUX. Passer d’une réalisation d’environ 100 appartements destinés à la résidence secondaire par année à environ 70 avec le RQC, est-ce cela le suicide économique? Sans parler des rénovations qui sont un marché à développer encore, ou des résidences principales à réaliser. On ne procède pas à un changement extrême, mais un rééquilibrage nécessaire, en douceur. Cela permettra de sauvegarder des réserves de travail pour les générations futures. Cela doit inciter le secteur de la construction à mettre en œuvre les réorientations nécessaires, notamment du côté la rénovation, un marché trop peu exploité pour le moment.
Il n’est pas essentiel que des gens habitent à l’année à Crans-Montana, ils peuvent très bien vivre dans les villages. Vrai ou faux ?
FAUX: les touristes – qu’ils soient de passage, pour quelques jours ou propriétaires de résidences secondaires – viennent dans un lieu de vie. Croyez-vous qu'un propriétaire de résidence secondaires a envie de venir chez nous si la station n'est pas animée, habitée? Regardez les volets clos: combien de kilos de pain le boulanger vend-il pour faire tourner son commerce si la plupart du temps personne ne vit dans ces appartements? Toutes les entreprises ont besoin d'un certain volume de travail pour fonctionner, produire, engager du personnel... Ce boulanger comme les autres prestataires et commerçants ne peuvent pas vivre correctement sans une clientèle qui vit et habite à l'année en station. Pour bien fonctionner, pour attirer des touristes en quête de lieux vivants (qu’ils soient logés dans des résidences secondaires ou de passage), la station a besoin d'habitants. Crans-Montana est une petite ville à la montagne qui, justement, présente l’atout d’offrir tous les biens et services nécessaires à nos hôtes toute l’année, mais sans les inconvénients des grandes villes.
La dépopulation n’est pas aussi grave que ce que l’on dit.
FAUX. La problématique de la dépopulation est un fait réel: la diminution des élèves – moins vingt enfants en moyenne par an, soit une classe fermée par an à Crans-Montana – n’est qu’un indicateur qui cache une réalité plus inquiétante: manque d’ambiance, manque de cohésion sociale, problèmes de sécurité, etc. Lorsqu’un tissu social s’effrite, on note généralement une augmentation du vandalisme. Un lieu habité toute l’année est un lieu plus stable et sûr.
On ne trouvera pas de gens à l’année pour loger dans les résidences principales qu’imposent les quotas.
FAUX Le RQC va créer environ 15 à 25 appartements destinés aux habitants à l’année, est-ce là vraiment un nombre démesuré? Cette offre sera facilement absorbée par la demande actuelle.
Des opposants disent aux autorités: «Vous ne comprenez pas ce qui est important pour Crans-Montana puisque vous n’y vivez pas. Venez habiter ici avant de proposer des solutions.» N’y a-t-il pas là une contradiction? De nombreuses personnes peuvent témoigner qu’elles ont cherché à se loger à Crans-Montana, mais elles n’ont pas trouvé de logement à louer à l’année, ou alors à des prix hors de leur portée!
Les appartements destinés aux habitants à l’année seront trop chers!
FAUX. Le prix sera fait par le marché. Si la demande sera moins importante que prévue, le prix s’adaptera à la baisse. Ce phénomène s’observe actuellement à Zermatt, où les quotas ont été introduits sans contingentement. Des appartements ou meilleur marché pour les résidents existent maintenant, ce qui n’était pas le cas avant.
Le RQC impose la location obligatoire!
FAUX. Il faut distinguer:
- la mise en location d’une résidence principale (inscrite comme telle), qui n’est pas occupée par son propriétaire: le règlement prévoit que le propriétaire, en cas d’absence pour des raisons professionnelles ou de santé, ne doit pas mettre en location son logement.
- la location touristique de courte durée est facultative – elle remplace la fonction résidence principale, si le propriétaire le souhaite.
Les communes ne sont pas unanimes par rapport aux investissements à réaliser pour les infrastructures.
FAUX. Les communes se partagent déjà les coûts d’entretien des infrastructures touristiques (CME). La décision est prise de se partager également les futurs coûts d’investissements. Un centre d’aqualoisirs (Moubra), une halle polyvalente (Régent) et d’autres projets sont très avancés. Le rattrapage de 20 ans sans planification coordonnée permettant les investissements demande un peu de temps! Pourquoi les investissements n’ont pas été consentis dans les années 60 à 80 alors que le tourisme se portait bien? Côté investissements, n’oublions pas que durant ces derniers 20 ans environ 120 millions de francs ont été investis essentiellement dans les réseaux de routes et de conduites, pour faciliter les promotions immobilière, mais également dans des infrastructures touristiques telles que le golf et le domaine skiable.
Le requérant souhaitant réaliser 10 appartements sans taxes ne peut pas vendre les 7 appartements de résidences principales obligatoires.
DU JAMAIS VU! Qui construit s’il n’est pas sûr de pouvoir vendre? Le requérant a cependant plusieurs options, parmi lesquelles il peut choisir librement selon la situation du marché. Après avoir vendu les 3 appartements (libres) comme résidence secondaires, il peut:
- mettre en location les 7 appartements pour les résidents à l’année, comme cela se fait partout ailleurs (objectif N° 1: améliorer les conditions cadre pour les habitants à l’année).
- mettre les 7 appartements en location de courte durée pour les touristes (objectif N° 2: augmenter le nombre de lits chauds convenablement commercialisés)
- vendre 4 appartements avec la taxe de remplacement (objectif N° 3: améliorer le financement de l’entretien et la mise en place de infrastructures touristiques) et garder les 3 autres (voir objectif N° 1 et N° 2).
Le RQC met en péril la substance même du tourisme!
FAUX. Les volets clos ne sont pas une solution! C’est justement pour permettre au tourisme d’être une branche économique sur le long terme, pour tous, que les autorités ont d’abord posé un diagnostic, puis développé une vision sur le moyen et long terme dans le Plan directeur intercommunal (PDI) et proposé des mesures. L’association de communes est la mesure (ou l’organe de concertation) qui doit permettre d’améliorer la gouvernance du territoire commun de Crans-Montana. Le PDI (avec le RQC et le plan d’investissement) est le moyen choisi pour lutter contre les volets clos, la disparition des hôtels, le manque d’ambiance et d’habitants à l’année – comme dans d’autres stations de renommée, pour stopper la chute du tourisme que nous vivons aujourd’hui.
Les 2/3 des zones à bâtir sont consommés et le solde non bâti se trouve concentré sur seulement 2 communes...
FAUX. Le 1/3 non bâti est réparti sur les 6 communes, avec un peu moins sur Chermignon et Icogne, certes, mais avec des grandes réserves dans les Plans de quartier (soumis aux quotas, mais pas au contingentement).
Les propriétaires de résidences secondaires sont des hôtes fidèles.
C’EST VRAI. Les propriétaires de résidences secondaires sont des hôtes que nous apprécions tous, ils sont d’ailleurs toujours les bienvenus: Crans-Montana restera une station fortement tournée vers le tourisme de résidences secondaires. Le développement choisi par les six conseils communaux a été clair, on veut à la fois du tourisme que l’on peut qualifier de «classique» (c’est-à-dire des gens qui ne sont pas propriétaires d’un appartement ou chalet de vacances) et du tourisme basé sur les résidences secondaires. Mais n’oublions pas que les propriétaires de résidences secondaires sont venus chez nous parce qu’ils apprécient la qualité de vie, le calme et la sécurité, la qualité du paysage; en voulant modérer la construction et augmenter le nombre d’habitants à l’année, les autorités des communes veulent justement conserver cette qualité de vie, l’améliorer.
MAIS: les propriétaires de résidences secondaires, s’ils sont d’excellents clients lors de leur présence, ne permettent pas de faire vivre à l’année les commerçants et prestataires de service, puisqu’en moyenne ils ne sont là que 40 à 50 jours par an. Les propriétaires de résidences secondaires ne peuvent pas à eux seuls combler les pertes générées par la disparition des hôtels et la sous-occupation des appartements loués.
La même remarque est également valable pour les taxes de séjour: si 10 chambres d’hôtel sont transformées en un seul appartement, le manque à gagner pour Crans-Montana Tourisme est conséquent (3000 francs de taxe lors de logement à l’hôtel contre 200.- à 300.- par l’appartement).
On admet par ailleurs que seul un tiers des propriétaires et de leur famille font du ski. Si, sur les 33'000 lits de résidences secondaires, 50% des propriétaires achètent un abonnement à l’année (en réalité c’est probablement moins), CMA SA encaisse seulement 8 millions de francs. Les autres 20 millions nécessaires au bon fonctionnement de la société de remontées mécaniques doivent donc être générés de préférence impérativement par des lits chauds et/ou par les excursionnistes.
Ce que le RQC veut éviter, c’est que Crans-Montana devienne une station de propriétaires exclusivement, sans hôtels, sans résidents à l’année, sans vie, confrontée aux problèmes de sécurité. Le but visé est un rééquilibrage, et non un changement fondamental.
Il faut beaucoup construire pour assurer un minimum de touristes. Or vous voulez tuer le secteur de la construction!
FAUX. Vouloir construire de plus en plus pour remédier au dysfonctionnement du tourisme correspond à une vision erronée des années 60. Le but visé, c’est la limitation de l’emprise au sol, mais évidemment pas l’arrêt de toute activité de construction! Il faut justement développer un autre secteur, celui de la rénovation.
Ce qui manque, ce sont les infrastructures. C’est là le problème crucial.
VRAI. Mais pensez-vous vraiment que si nous avions eu voilà 5 ou 10 ans un centre aquatique nous aurions réussi à maintenir les nuitées à leur plus haut niveau?
Cela dit en passant: savez-vous qu’à Ovronnaz ce sont les promoteurs immobiliers (qui louent systématiquement leurs appartements) qui ont construit le centre thermal? Ce n’est pas l’argent de la collectivité qui a équipé la station de cette belle infrastructure...
N’oublions pas que, au vu de l’expérience d’autres stations, les infrastructures comme un centre d’aqualoisirs ou une halle sportive sont des outils de marketing, sont une offre pour les personnes qui sont sur place. Ce n’est pas cela qui est décisif pour l’augmentation des nuitées. En réalité, le taux d’occupation des résidences secondaires est uniformément très bas même dans les stations qui disposent d’infrastructures de qualité: pourquoi donc croyez-vous qu’à St-Moritz le directeur de l’office du tourisme propose de rendre obligatoire la location des résidences lors de l’absence des propriétaires ?
Cela dit, il reste essentiel que nous puissions offrir à nos hôtes plus d’infrastructures et de meilleure qualité. C’est pourquoi les communes ont pris la décision conjointe de se porter acquéreur des terrains nécessaires à la construction d’un centre d’aqualoisirs à la Moubra.
Les communes ont les moyens et ne font rien!
FAUX. Le retard sur les investissements s’explique par un manque de vision (par exemple pour le choix du lieu pour une installation cohérente des équipements sur le territoire du Haut-Plateau) en particulier dans les années 1970 à 1990; à cela s’ajoutent des problèmes de gouvernance (lenteur du système décisionnel, notamment). Ces deux faiblesses sont aujourd’hui surmontées par des démarches menées depuis 3 ans sur le plan intercommunal: la première par le Plan directeur intercommunal, la deuxième par l’association des communes.
La «taxe de remplacement» est démesurée. On ne peut pas savoir à quoi elle va servir, puisque il n’y a jamais eu, et il n’aura probablement jamais, entente sur les investissements à réaliser.
FAUX. La taxe – estimée à 3 voire 4 millions de francs par an – sera affectée à des démarches et des objets précis. Les plans d’investissements sont en préparation. Les infrastructures seront améliorées et renouvelées selon une planification cohérente, parfaitement coordonnée à l’échelle intercommunale.
D’autres instruments d’aménagement du territoire existent pour freiner la construction.
FAUX ils n’existent pas d’autres instruments pour freiner la construction, sauf le dézonage (mesure analysée mais jugée non opportune).
Le RQC ne respecte pas les principes constitutionnels.
C’EST FAUX! Des règlements semblables ont été approuvés en Valais et dans le reste de la Suisse et soutenus à plusieurs reprises par le Tribunal fédéral. Les autorités de nos six communes ont déjà reçu l’assurance de la part du Canton du Valais que le règlement sera homologué.
Le nombre de résidences principales obligatoires sera beaucoup trop important.
FAUX: avec 8'000 m2 de contingentement sur les résidences secondaires, le nombre de nouveaux objets peut être estimé à environ 70 par an. Les surfaces affectées aux résidences principales, bureaux, commerces, etc. seront de 3'428 m2. Si les possibilités des taxes sont utilisées, le nombre de nouvelles résidences principales sera donc de 15 à 25.
Les cantons de montagne, y compris le Valais, refusent des mesures dictées par la Confédération. Donc il vaut mieux ne rien faire pour le moment.
Partiellement FAUX: les cantons refusent en effet des mesures imposées par la Confédération, mais en affirmant que les communes sont à même de régulariser leurs situations…ce que justement les communes de Crans-Montana ont fait. Un référendum est déjà annoncé au sujet de l’abrogation de la Lex Koller, d’autre part Franz Weber a annoncé une initiative devant limiter à 25% le taux de résidences secondaires par commune. Voulons-nous vraiment attendre? Et que dire de la liste des 7 communes qui sont interdites par l’Etat du Valais de vente aux étrangers pour avoir un temps d’attente trop long auprès du Registre foncier? Savez-vous quels sont les chiffres du côté de nos communes, pour le nombre de dossiers en attente d’inscription au Registre Foncier? L’attente pour Chermignon et Randogne est estimée à 3 ans, celle de Lens comme Montana est à 2,5 ans, et 2 ans pour Mollens (pas d'attente pour Icogne).
Pour la petite histoire, signalons que Bagnes (Verbier) annonçait le 13 février la création d’une commission chargée de trouver des solutions à la problématique des résidences secondaires et de réfléchir tant au développement du tourisme qu'à l’utilisation du sol. Anzère fait de même et souhaite s’inspirer de ce qui se fait à Crans-Montana. Voulons-nous vraiment attendre ou être précurseur pour préserver ce qui peut l’être encore, pour donner un coup de pouce à notre tourisme?
Vous ne faites rien pour l’hôtellerie!
FAUX L’hôtellerie sera aidée par l’introduction de conditions cadres, comme par exemple à Lens où une zone d’intérêt public a été doublée par la fonction de zone hôtel. Le RQC n'a pas été créée pour favoriser l'hôtellerie, mais bien pour introduire une modération de l'utilisation du sol, pour trouver un nouvel équlibre entre résidences secondaires et principales/surfaces occupées toute l'année.
Le RQC permet à l’hôtelier de vendre une certaine surface en résidences secondaires pour l’aider à financer son hôtel.
Verser de l’argent au secteur hôtelier, dites-vous? Pourquoi l’argent de la collectivité aiderait un secteur de l’économie et pas les coiffeurs, les cafetiers-restaurateurs, les chauffeurs de taxis...? On comprend bien qu’un soutien financier direct pour les hôteliers n’est pas légal.
Par contre, la rénovation des rues, la construction d’un centre d’aqualoisirs, le soutien à des événements à Crans-Montana sont des exemples d’actions qui rendent la station attractive et attire des hôtes chez nous, hôtes qui viennent occuper des lits chauds et faire vivre tout le secteur lié de près ou de loin au tourisme.
L’introduction du RQC pour modérer l’utilisation du sol et rééquilibrer le tourisme est une question de société à laquelle doit répondre la société:
Veut-on maximiser les bénéfices à court terme (dont tous ne profitent pas de la même manière), en diminuant forcément le potentiel de prospérité de demain dans le domaine du tourisme?
Ou voulons-nous assurer un développement durable et diversifié ainsi que des réserves de travail pour les générations à venir?
Il revient au citoyen de décider...
Veut-on maximiser les bénéfices à court terme (dont tous ne profitent pas de la même manière), en diminuant forcément le potentiel de prospérité de demain dans le domaine du tourisme?
Ou voulons-nous assurer un développement durable et diversifié ainsi que des réserves de travail pour les générations à venir?
Il revient au citoyen de décider...
Rappelons le débat mercredi 7 mars, à 20 h, dans la salle du Grand Conseil à Sion,
"Aménagment du territoire en Valais, le grand foutoir?"
"Aménagment du territoire en Valais, le grand foutoir?"
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Commentaires
1. Le vendredi 2 mars 2007 à 16:38, par Barras Christian
2. Le vendredi 2 mars 2007 à 21:15, par DEM
3. Le samedi 3 mars 2007 à 01:46, par Di Stasi Jérôme
4. Le mercredi 7 mars 2007 à 00:05, par Marie-Pierre SELZ membre APACH
5. Le mercredi 7 mars 2007 à 10:51, par G
6. Le mercredi 7 mars 2007 à 11:12, par DEM
7. Le vendredi 9 mars 2007 à 17:21, par Bil
8. Le vendredi 9 mars 2007 à 18:52, par Barras Christian-B
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