Pour l’hôtelier, le phénomène du boom de la construction n’est pas propre à Crans-Montana mais affecte toute l’Europe. «Chez nous, les entreprises ont été fort occupées cette année notamment «à cause de la transformation de sept hôtels (Beauregard, Curling, Primavera, Excelsior, National, Belvédère, Mont-Blanc) et l’importante construction du centre Migros.» Et après? interroge Amédée Duc qui craint un ralentissement préjudiciable aux entreprises. Rappelons toutefois que le 60% des travaux est aujourd’hui accompli par des entreprises extérieures aux six communes de Crans-Montana. Répondant à cette crainte, les autorités ont apporté une modification au RQC en introduisant le contingentement de manière progressive.

Amédée Duc reconnaît que Crans-Montana a perdu des habitants, mais il relève que des emplois ont été créés, la plupart pour des gens habitants dans les villages. «On travaille en station, on habite dans les villages. L’important c’est l’emploi, et non les habitants résidents: il y a deux sortes de résidents-habitants: les rentiers qui paient des impôts et les habitants qui viennent pour travailler. Pour quel travail, si nous freinons l’industrie de la construction?» Et d’affirmer que «ce sont des emplois que nous devons créer pour nos jeunes, leur lieu d’habitation n’a pas d’importance, village ou station.»

«Freiner l’emballement de la construction, sur une roue, mais pas sur les quatre!» Amédée Duc est donc favorable à un contingentement par commune qui permettrait de répartir le gâteau, selon ses termes. Il est favorable également à un moratoire sur deux ans. Par contre, il s’oppose à l’introduction des quotas dans la zone touristique qu’il qualifie d’expropriation déguisée et parle de «socialisation du sol, contraire à notre culture et dangereuse pour l’économie de marché.» Il craint que cette mesure soit la cause d’un chômage artificiel.

Thermomètre dans les lits

Amédée Duc pense qu’il s’agit d’un faux problème que de parler de lits chauds, lits froids voire congelés. «Taxer le bâti selon les mètres carrés et le standing»: voilà ce qu’il attend de la nouvelle loi sur le tourisme. «En Autriche, on ne parle pas de lits chauds, de lits froids, on investi 2 milliards de francs suisses dans le Tyrol.»

Mais pourquoi les hôtels ferment-ils ? «Pour plusieurs raisons: la succession difficile, l’offre avantageuse de l’acheteur, parce qu’ils ne sont plus rentables, parce qu’il n’y a aucune infrastructure pour attirer les familles et les jeunes, parce que les coûts de production sont trop élevés». Et l’évolution des désirs touristiques y est aussi pour quelque chose: «En 1950 les joueurs de golf étaient logeaient à 90% dans les hôtels, aujourd’hui le 95% loge en appartements ou viennent de l’extérieur». Pour Amédée Duc, ce serait aux pouvoirs publics de prendre en charge les déficits des hôtels pour les maintenir en vie. «Les six communes encaissent 75 millions de taxes, contre 20 millions en 1970, c’est un argent rapporté par des secteurs économiques importants et en difficulté, les téléfériques, le golf sont les piliers de ce développement. Le mode de financement de la société de remontées mécaniques doit être complètement revu. On estime à 20 millions le rapport fiscal annuel des téléfériques, une partie de cet argent doit leur revenir annuellement puisqu’ils font partie des voies de communication, dans ce pays, comme les routes et les CFF entretenus par la Confédération.»

Amédée Duc demande le renvoi de la votation prévue au 11 mars concernant le RQC «et la convocation d’une large commission de tous les milieux économiques intéressés, pour trouver des solutions acceptables pour sous, comme le fait la Confédération pour les sujets importants.» Il regrette que la communication soit «devenue le préalable à l’action».

Réponses aux opposants

Aujourd’hui, les citoyens reçoivent dans leur boîte aux lettres un document (ici en pdf)où sont regroupés les principaux arguments que les opposants ont mis en avant. Les groupes de travail (pour le RQC et pour le projet d'association des communes) ont apporté des réponses à ces inquiétudes; les autorités ont d’ailleurs modifié le RQC pour améliorer le règlement suite aux remarques pertinentes explicitées dans la septantaine d’oppositions.

Le 19 février, les citoyens sont invités à participer à une assemblée primaire d’information organisée dans chaque commune.

Dans quelques jours, le bulletin de vote arrivera dans les boîtes aux lettres pour ceux qui souhaitent voter par correspondance. Ici sur le blog, dans le café du coin ou lors de l’assemblée primaire du 19 février: tous les moyens sont bons pour discuter de l’avenir que nous voulons préparer pour demain et après-demain.

Ceux qui ont manqué le débat sur la télévision Canal 9 (un face-à-face très intéressant entre Fernand Nanchen, président de Lens et Alain Viscolo, avocat), peuvent le visionner depuis le site du journal.

A (re)lire aussi l’interview de François Parvex, «Le sol n’est pas un bien renouvelable», voir aussi tous les intéressants commentaires suscités par l’éditorial dans le Matin de Peter Rothenbuhler, et la prise de position de la Confrérie du bâtiment en faveur du RQC. Si vous voulez retrouver le contexte d'un autre moratoire, celui imposé par l'Etat du Valais à 7 communes (mais pas à Crans-Montana), c'est ici

 

Maintenant la parole est à vous...