Peter Furger, quel est l’état de santé du marché suisse des stations de ski?

Le chiffre d’affaire du secteur des remontées mécaniques est en stagnation, alors qu’il progresse en Italie, qu’il a plus que doublé en France au cours de ces dernières années et qu’il explose en Autriche. Résultat: nous nous faisons distancer. Alors qu’il y a trente ans, nous étions les champions, la branche en Suisse ne représente plus que 11% du CA total de l’arc alpin. Le leader est désormais l’Autriche, avec 47% des parts, devant la France et l’Italie. La Suisse, elle, n’est plus sur le podium. L’Autriche a 200 kilomètres de pistes préparées, soit 20 de moins que la Suisse. Et pourtant, dans ce pays, le chiffre d’affaire de la branche s’élevait à 950 millions d’euros en 2003-2004, soit presque le double du CA des entreprises suisses!

Quel est le problème de la Suisse?

En tout cas pas les prix, qui ne sont pas plus élevés qu’ailleurs. Comme le montrent les benchmarks, les grandes stations d’hiver françaises sont même plus chères que les stations valaisannes et grisonnes. Quant à l’environnement, nous avons les domaines skiables les plus élevés et sans doute les plus beaux paysages alpins.

«Il faut des lits rentables avec service hôtelier.»

 
Alors, qu’est-ce qui ne va pas?

Avant tout, notre offre en hébergement. Notre hôtellerie n’est plus adaptée. Les tours opérateurs ne sont pas intéressés par notre structure de petits et moyens hôtels très disparates. Les stations qu’ils vendent doivent offrir une certaine masse critique de lits répondant à des critères standardisés. Vous pouvez faire tout le marketing que vous voulez pour promouvoir un domaine skiable. Si les structures d’hébergement ne suivent pas, la station ne pourra pas attirer suffisamment de clients pour les remontées mécaniques. Et ces dernières, faute de rentrées suffisantes, auront de la peine à rester compétitives.


Votre constat est dur pour l’hôtellerie alpine suisse…

Mais il n’y a guère le choix, elle doit se restructurer. Voyez les difficultés que les établissements éprouvent à financer des rénovations, à trouver des solutions lors des successions. Aujourd’hui, on ne trouve plus grand monde pour investir dans un 3 ou un 4 étoiles, car la rentabilité est insuffisante.

 
Quelle solution de rechange proposez-vous?

Il faut des lits rentables, des structures d’hébergement modernes avec service hôtelier. Pour ne citer qu’eux les projets du groupe français Maulin à Anzère sont des exemples à suivre: ces lits sont destinés à la vente de manière à répartir les risques, mais des contrats de longue durée permettront à ces groupes, hautement qualifiés dans le tourisme, d’en gérer la location une partie de l’année. Le problème c’est que la Lex Koller entrave ce type de projets. Il faut revoir la loi de manière à ce que ces logements rentables n’y soient plus soumis et qu’ils puissent être vendus à des acquéreurs étrangers.

 

«Nous sommes tout aussi compétents que les groupes étrangers.»

 
La plupart des projets de ce type émanent de groupes étrangers. On le voit avec la Compagnie des Alpes, ils investissement également dans les remontées mécaniques. Les stations suisses seront-elles aux ordres d’ailleurs?

Il ne tient qu’à nous de prendre notre destin en main! Nous avons autant de savoir-faire, de compétences que la Compagnie des Alpes par exemple. Je ne suis pas l’ennemi de la CDA, mais je pense que les bénéfices tirés de nos montagnes seront plus utiles au pays en restant chez nous. Le Valais par exemple a toutes les cartes: une école, un institut de recherche spécialisé dans le tourisme, des services de l’Etat compétents, etc. Il faut maintenant mettre toute ces énergies ensemble au service d’un projet commun, réfléchir à des solutions de financement avec l’Etat et la banque cantonale. Le tourisme est notre avenir et nos enfants ont droits à d’autres postes qu’à des rôles subalternes sur les pistes et dans les stations.


Deuxième priorité, c’est la neige selon vous. Mais avec le réchauffement annoncé du climat, ne retardez-vous pas d’une guerre?

Non, je suis persuadé que les technologies d’enneigement artificiel vont progresser de manière à sauvegarder même les domaines skiables de moyenne altitude. La neige est la colonne vertébrale de nos stations d’hiver. A ce niveau là également, la Suisse doit rattraper son retard: seules 19% des pistes du pays peuvent être enneigées artificiellement, alors qu’en Autriche, ce taux atteint 60%.

"Comme au Tyrol du Sud, il ne faudrait plus laisser installer des remontées mécaniques sans la garantie d’un enneigement mécanique."

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Peter Furger digest
A 50 ans, le Valaisan Peter Furger aurait dû être conseiller d’Etat, mais les urnes et la révolution Bodenmann, en 1997, en ont décidé autrement. Depuis, le politicien d’hier fait une carrière remarquée de consultant pour les remontées mécaniques, l’hôtellerie et le tourisme. Son bureau à Viège gère notamment les remontées mécaniques des stations grisonnes de Sedrun et de Lenzerheide, l’une des plus grandes sociétés du pays, ainsi que les RM et deux sociétés de transports à Loèche-les-Bains. A l’actif de cet économiste passionné par l’avenir des régions de montagne, citons la création dans les années quatre-vingt, d’un village de vacances à Obergesteln (vallée de Conches), un concept d’hébergement avec hôtel considéré comme un exemple de développement durable.

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Source: Hôtel+Tourisme Revue, par Geneviève Zuber, 1er février 2007

A lire aussi dans Hôtel+Tourisme Revue l'article de Laurent Missbauer, (accès depuis ce lien) consacré à Reto Gurtner, le président du groupe Weisse Arena, qui a notamment présenté à Zermatt le projet hôtelier qui permettra à la localité grisonne de Flims de bénéficier de 1000 «lits chauds» supplémentaires d’ici 2010.

Et encore, cet article analysant l'arrivée de la Compagnie des Alpes à Avoriaz et les réactions en Valais, c'est ici